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KillBills : 4M€ pour enfin dématérialiser le ticket de caisse

Sid-Ahmed Chikh-Bled, CEO de KillBills

Sid-Ahmed Chikh-BledKillBills
Visuel de l’interview KillBills
Sid-Ahmed Chikh-Bled, KillBills

Bienvenue dans Super Biens, le seul média 100% PropTech et FinTech en France. Interview d’un.e CEO, 1 mercredi sur 2.


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Hello Sid-Ahmed, est-ce que tu peux nous présenter ton parcours ?

Je suis ingénieur de formation. J'ai suivi un parcours assez classique : classes prépas, école d'ingénieur, puis un parcours étudiant aux États-Unis. Là-bas, j’ai découvert une toute autre vision du business en suivant des cours d’entrepreneuriat par curiosité. Ça m’a vraiment ouvert les yeux sur d'autres manières de voir les choses !

De retour en France, j'ai poursuivi mon cursus avec un passage par HEC, où j’ai suivi la majeure entrepreneuriat, qui m'a beaucoup marqué. C'était une formation incroyable avec des gens brillants, qui m’a permis de démystifier l'entrepreneuriat. C’est là que l’idée de monter ma propre entreprise a germé. C’est là aussi que j’ai rencontré mon associé et que nous avons pris la décision de nous lancer directement après l'école.


La mission de KillBills ?

Notre mission, c’est d’éradiquer le ticket de caisse en papier partout en Europe et dans le monde ! Attention, on ne veut pas le supprimer purement et simplement, on veut le digitaliser. Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’avant la loi AGEC de 2023, qui a mis fin à l’impression systématique des tickets, on produisait plus de 12,5 milliards de tickets chaque année. Cela signifiait :

  • des millions d’arbres coupés ;

  • 18 milliards de litres d’eau utilisés ;

  • pour une durée de vie moyenne de 3 secondes !

L'impact environnemental est inacceptable, mais d’un autre côté, le ticket reste essentiel pour vérifier les achats, les garanties, les retours, ou encore les notes de frais…

L’idée de KillBills, c’est donc d’éviter l’impression des tickets tout en offrant aux clients une expérience hyper fluide : on propose une alternative écologique sans pour autant perdre en confort, au contraire !

Grâce à notre solution, conserver et utiliser ses tickets perd même en contraintes, puisque les tickets de caisse générés par un paiement par carte remontent directement sur l'application bancaire du client.


Quid du consentement des consommateurs ?

On y est farouchement attaché, autant par conviction que parce que réglementairement, c’est incontournable : c’est le consommateur qui gardera toujours le contrôle de sa donnée d’achat et aura toujours le choix de l’exploiter pour son propre bénéfice. Cela dit, je suis convaincu qu’à terme, notre solution participera à avancer vers une pratique plus consciente de l’acte d’achat : en ayant plus de contrôle sur ses informations, le consommateur sera en mesure de profiter davantage de promotions, de retourner plus facilement ses produits, avoir une meilleure traçabilité des ses achats, il pourra vérifier, directement dans son application bancaire, l’empreinte carbone de ses consommations, les valeurs nutritionnelles de ses achats alimentaires… C’est cette valeur ajoutée de notre produit qui rendra naturel le consentement.


Comment êtes-vous arrivé à ce marketfit ?

Depuis le début, le ticket de caisse a toujours été notre fil rouge (pour la petite histoire : mon associé et moi-même avons d’ailleurs pitché ce sujet en classe à l’époque où on était à HEC, sans s’être concerté sur le sujet… c’est là qu’on s’est dit qu’on devait le faire concrètement et ensemble), mais on s'est vite rendu compte qu’une approche trop globale était complexe et difficile à gérer. Les banques nous disaient que notre concept était top, mais qu'elles nous rejoindraient seulement si on avait des enseignes comme Auchan, Carrefour ou Leclerc. Les enseignes, elles, attendaient que des banques comme Société Générale, Crédit Agricole ou BCE soient dans le projet…

Bref, cela nous a fait réfléchir et on a peu à peu redéfini notre stratégie go-to-market en ciblant les clients professionnels et en nous concentrant sur une verticale spécifique : la gestion des notes de frais. On a constaté qu'il y avait un vrai besoin pour les détenteurs de cartes pro, notamment pour la gestion de leurs notes de frais en restauration, qui représentent près de 50 % des cas. Ça nous a permis de démarrer en ciblant les banques pro et les restaurateurs, afin de tester et valider notre modèle sur un périmètre restreint avant de l’étendre progressivement.

À partir de 2021, on a donc commencé à nouer de bons partenariats avec les banques pro. Parallèlement, on a démultiplié notre intégration dans les points de vente : on est aujourd’hui présents dans 10 000 points de vente, et ce nombre est en constante augmentation. Et quand bien même nous ne sommes pas sur une intégration complète, on a prouvé que notre solution permet aux utilisateurs de gagner de précieuses minutes par mois. On répond à un vrai besoin, puisque la gestion des notes de frais est vue comme une tâche sans valeur ajoutée par toute la chaîne - qu’il s’agisse des utilisateurs, des employés, des services financiers ou des comptables. Les banques apprécient de leur côté de pouvoir proposer ce service sans surcoût aux clients.


Votre business model ?

Pour délivrer notre solution, on travaille de concert avec deux acteurs : les banques, qui hébergent le ticket, et les enseignes, qui émettent. On récupère donc le ticket numérique auprès des enseignes et on l’envoie ensuite sur l’espace bancaire du client, via un algorithme robuste pour s’assurer que chaque ticket correspond au bon client.

Ce double partenariat nous positionne comme une sorte de marketplace. On propose KillBills gratuitement pour les points de vente, afin d’atteindre un maximum d’enseignes. En contrepartie, les banques nous rémunèrent pour l'intégration de notre solution dans leurs applications, car cela leur permet d'enrichir leur offre : elles peuvent par exemple adosser à notre service de nouvelles propositions, comme un espace de stockage sécurisé...

C'est aussi un moyen de renforcer leur image digitale, sans tout le développement qui va avec !


4 chiffres sur votre activité ?

  • 10 000 points de vente : un chiffre important qui enclenche un certain cercle vertueux d’effet de réseau

  • 15 millions de tickets traités chaque mois : c'est une belle performance, qui montre que ça avance

  • Une équipe de 10 personnes : j’en suis super fier. On a une super team, et malgré des cycles de vente longs et complexes, la motivation et l’ambition sont nos guides quotidiens pour aller loin ensemble

  • Une levée de fonds de 4 millions d’euros réalisée en avril 2023 : ce financement récent montre la confiance de nos investisseurs, qui croient en notre vision. Nous avons aussi des partenaires solides, comme Didier Valet, ancien directeur général délégué de la Société Générale, et des contacts chez BPCE et dans le retail, qui valident notre projet et confirment notre vision du marché.


Utilisation d’IA ?

On a très vite intégré l’IA, elle est indispensable si on veut mieux comprendre et structurer les données qu'on collecte, notamment via nos partenaires en sortie de caisse. Je te donne un exemple concret : imaginons qu’on veuille savoir combien de produits d'une marque donnée ont été vendus ce mois-ci. Cela paraît simple en théorie, mais dans la pratique, on se heurte à des orthographes variées dans les bars ou restaurants, qui pour un même produit peuvent utiliser des termes très différents. On doit donc nettoyer ces données, les organiser en catégories comme "boissons", "alcools", etc., et identifier la typologie utilisée par les points de vente intégrés. Dans ce travail de gestion de données, un aspect essentiel de notre activité, on a vraiment besoin du soutien de l’IA.

Ce processus est encore assez récent pour nous, mais c’est un point essentiel dans la mesure où ces données peuvent être des clés d’orientation stratégique pour nos clients. Les datas offrent des opportunités infinies d’exploitation (côté professionnels mais aussi côté utilisateurs), et c’est en partie notre défi que de rester concentrés et de bien choisir notre direction.


Le challenge des 3 prochains mois ?

Clairement, continuer à augmenter notre nombre de points de vente. L’objectif est d’atteindre les 15 000 d’ici le premier ou le deuxième trimestre de l’année prochaine. C’est ambitieux, mais je pense qu’on peut y arriver. Les enseignes adhèrent déjà fortement à notre projet, notre offre étant d’autant plus attractive qu’elle est gratuite pour les points de vente, que les caissiers n’ont pas à demander quelle banque est utilisée... En plus, notre démarche ESG, qui vise à limiter l'usage des tickets de caisse, a trouvé un écho très favorable. Il faut maintenant capitaliser sur cette dynamique.


Comment tu vois KillBills dans 3 ans ?

Dans trois ans, l’objectif, c’est que 50 millions des cartes bancaires en France intègrent l’option KillBills. Aujourd’hui, il y a un peu plus de 100 millions de cartes bancaires en France, dont environ 70 à 80 % sont co-badgées Visa ou Mastercard. Avec les néobanques et les banques traditionnelles, qui sont parfois mono-badge, on peut atteindre un potentiel de 120 millions de cartes. Certes, c’est ambitieux mais comme on le disait plus tôt, une fois lancé dans une dynamique d’effet de réseau, ça peut aller très très vite. Même si je reconnais qu’il reste du chemin à faire pour atteindre ne serait-ce que 25 millions, la dynamique est là.


Vos concurrents ? En Europe, dans le monde ?

On a un concurrent en Europe, en Finlande plus précisément qui fait un bon travail - les pays nordiques sont très avancés sur le digital. Aux États-Unis aussi, un acteur marche bien, de même qu’en Australie. Voir des concurrents se lancer sur le même segment que nous montre bien que ce sujet est mondial et qu’on est sur la bonne voie. Cela dit, en France, on est les seuls à faire ça : le marché européen est donc une cible claire pour nous.


Une anecdote sympa ?

Juste après avoir déposé les statuts de la boîte, la société de production du film "Kill Bill" de Quentin Tarantino - que je n'avais pas vu jusqu'alors ! - nous a attaqués. On trouvait que le nom était vraiment trop sympa, on tenait absolument à le garder. On a donc négocié, et après quelques échanges, on a abouti à un compromis. Et depuis, j'ai regardé le film (rires) !


Le mantra qui te met Super biens ?

On a plusieurs valeurs fortes dans l’équipe. La première, c’est la communication, parce qu’on échange énormément entre nous. Ensuite, l'impact, car cette boîte a été créée pour avoir un réel effet sur la vie des gens, pour les aider à simplifier des démarches, même si elles ne sont pas toujours conscientes de la manière dont on les aide. Et enfin, l’ambition. Si je devais en privilégier une, ce serait peut-être celle-là. Pour construire une marketplace comme la nôtre, il faut être prêt à soulever des montagnes. Travailler avec les banques, ce n’est pas simple, il y a toujours des obstacles à contourner, des interlocuteurs difficiles à trouver, des freins à lever. De l’autre côté, il y a le nombre colossal d’enseignes qui, en France, émettent des tickets de caisse et qu’il ne faut pas avoir peur d’aller chercher. Il faut une vision large, ne pas avoir peur, ne pas se mettre de limite : c’est cette mentalité qui caractérise notre équipe. Car pour créer quelque chose de grand, la seule limite qu’on tolère de se mettre, c’est celle qu’on va vouloir dépasser !


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