Enerfip : 1,5 milliard d’€ investi dans la transition énergétique (100k investisseurs)
Julien Hostache, CEO d’Enerfip

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À découvrir dans cette édition :
🌱 Mettre la finance au service du vivant. Enerfip permet d’investir dès 10 € dans des projets liés à la transition énergétique, avec des rendements généralement compris entre 6 et 9 % brut/an.
🔎 18,7 % seulement des projets proposés sont acceptés. Solidité financière, autorisations, impact écologique… chaque dossier passe au crible avant d’atterrir sur la plateforme, avec un taux de défaut de seulement 0,34 % début 2026.
💶 100 000 investisseurs et 1,5 Md€ financé en 12 ans. Avec 65 personnes dédiées à la sélection et au financement des projets, Enerfip revendique la place de n°1 européen du financement participatif de la transition énergétique.
🔋 La prochaine révolution ? Le solaire + les batteries. Pour Julien, le stockage pourrait résoudre l’un des principaux freins des renouvelables et permettre au photovoltaïque de produire une électricité environ 2× moins chère que celle d’un EPR (réacteur à eau pressurisée).
💬 « Être sérieux sans se prendre au sérieux. » L’un des 9 leitmotivs d’Enerfip, dans un univers financier où Julien Hostache revendique une valeur parfois oubliée : l’humilité.
Hello Julien, peux-tu nous présenter ton parcours ?
Bonjour Léo-Pol ! Je suis Julien, président et cofondateur d’Enerfip. Mon parcours est assez particulier pour quelqu’un qui travaille aujourd’hui dans la finance : j’ai fait des études de biologie et d’écologie, jusqu’à un master en biologie des populations.
À la sortie de mes études, je voulais agir en faveur de la protection du vivant. Je me suis donc tourné vers les énergies renouvelables, notamment pour contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre. De fil en aiguille, je suis arrivé au financement de ces projets.
J’ai finalement cofondé Enerfip avec trois amis il y a douze ans, avec une conviction simple : la finance peut être un outil au service du vivant, à condition de flécher l’épargne des citoyens et des citoyennes vers la transition énergétique dont nous avons besoin.
La mission d’Enerfip ?
Enerfip est une plateforme de financement participatif dédiée à la transition énergétique et écologique. Ce n’est pas du don : nous proposons à chacun d’investir directement une partie de son épargne dans des projets de production d’énergies renouvelables, d’efficacité énergétique ou de mobilité durable.
Ces projets sont sélectionnés en amont. Nous ne sommes pas « Le Bon Coin de la transition énergétique » : nous cherchons des projets qualitatifs, que nous estimons capables d’aller au bout.
Selon les opérations, le minimum d’investissement est de 10 € ou 50 €. Le taux d’intérêt proposé se situe généralement entre 6 et 9 % brut par an, sur des durées assez courtes, qui commencent autour d’un an.
Seulement 18,7 % des projets proposés sont acceptés, avec in fine un taux de défaut de 0,34 % début 2026. Quels sont les principaux critères pour qu’un projet passe vos filtres ?
Notre connaissance du secteur des énergies renouvelables nous permet d’appliquer des critères très objectifs. Nous étudions d’abord la solidité financière du projet : est-ce que son modèle tient la route et lui permettra d’honorer ses dettes ?
Puis vient l’analyse des aspects réglementaires et administratifs, notamment l’obtention de toutes les autorisations nécessaires. Enfin, nous regardons l’impact social et écologique. Un projet peut contribuer à la transition énergétique tout en étant, paradoxalement, trop impactant sur son environnement.
Cette analyse donne lieu à un rapport d’environ 40 pages, publié sur la page de chaque projet. Tout le monde peut donc consulter le résultat de notre travail avant de décider d’investir.
Sur les critères financiers justement, peux-tu détailler ?
Nous construisons un business plan à partir d’éléments très concrets : le tarif auquel l’électricité sera vendue, le Capex, c’est-à-dire le montant nécessaire à la construction, et les Opex, autrement dit les charges d’exploitation et de fonctionnement.
Nous simulons ensuite les années à venir pour déterminer si le projet générera suffisamment de revenus et de résultats pour honorer ses dettes. C’est finalement assez proche du travail d’une banque lorsqu’elle étudie un dossier de financement.
Nous vérifions aussi la cohérence des hypothèses techniques. Si quelqu’un nous présente un projet photovoltaïque à Dunkerque avec une production équivalente à celle d’un projet situé à Ibiza, nous savons immédiatement qu’il y a un problème. Notre travail exige donc une maîtrise à la fois technique, réglementaire et financière.
Quels sont les profils types de vos investisseurs ?
Notre ambition a toujours été de nous adresser à tout le monde. La transition énergétique ne pourra pas se faire uniquement avec les personnes déjà convaincues. C’est donc un motif de fierté d’avoir aujourd’hui un profil d’investisseur difficile à résumer.
Certains placent quelques dizaines d’euros, d’autres quelques centaines ou quelques milliers. Nous avons aussi des personnes qui investissent quelques dizaines, voire quelques centaines de milliers d’euros. Toutes les catégories socioprofessionnelles et toutes les générations sont représentées.
Notre principal déséquilibre reste celui que l’on retrouve dans l’ensemble de la finance : 70 % de nos investisseurs sont des hommes, contre seulement 30 % de femmes. C’est un problème sociétal, hérité d’un univers financier trop centré sur les hommes pendant des décennies, voire des siècles. Il reste un travail collectif important à mener sur ce sujet.
4 chiffres sur votre activité ?
100 000 investisseurs, en agrégeant les 2 plateformes que nous avons rachetées l’an dernier
1,5 milliard d’euros financé dans la transition énergétique via notre plateforme en 12 ans
La plateforme numéro 1 en Europe dans le financement participatif de la transition énergétique
65 personnes dédiées à la sélection et au financement des projets
Enerfip se développe à l’échelle européenne : quels pays offrent aujourd’hui les plus grosses opportunités ? Pourquoi ?
Nous sommes présents aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne et en France, où se trouve notre siège social. Les marchés les plus dynamiques sont aujourd’hui l’Italie et l’Allemagne. À l’inverse, la France et l’Espagne connaissent une forme d’attentisme sur la transition énergétique.
En France, j’y vois une forme d’incompétence politique. Les difficultés liées à l’absence de majorité à l’Assemblée nationale sont réelles, mais certains choix ont aussi été dommageables. La PPE 3, la programmation pluriannuelle de l’énergie, est arrivée avec deux ans de retard et a entériné un recul des objectifs français, notamment sur le photovoltaïque.
C’est d’autant plus paradoxal que l’année 2026, avec Donald Trump et ce qui s’est passé avec l’Iran, a montré notre fragilité énergétique. Environ 60 % de notre mix repose sur des énergies fossiles dont nous ne disposons pas sur notre territoire. Quand le baril augmente de 30 à 40 %, des millions de Français voient leur plein passer de 80 € à 115 €.
Cette dépendance devrait nous pousser à électrifier nos usages et à produire davantage d’énergie renouvelable sur notre sol. Pour l’instant, la France prend malheureusement la direction inverse.
Au niveau français et européen, le financement participatif peut-il devenir une source majeure de financement de la transition énergétique, ou restera-t-il complémentaire aux banques et aux grands fonds ?
Le financement participatif est déjà sorti de l’anonymat. À ses débuts, lever 30 000 € pour un parc éolien relevait presque de l’expérimentation. Aujourd’hui, Enerfip peut financer jusqu’à 5 millions d’euros sur un seul projet. C’est devenu un outil utile et nécessaire pour les porteurs de projets, aux côtés des banques et des fonds d’investissement.
Le potentiel reste immense. La France dispose d’environ 6 200 milliards d’euros d’épargne, auxquels les Français ajoutent chaque année entre 80 et 100 milliards. Nous sommes le troisième pays européen qui épargne le plus. À l’échelle européenne, le stock atteint 35 500 milliards d’euros, avec environ 1 000 milliards supplémentaires chaque année.
Le problème, pointé par Mario Draghi dans le rapport remis il y a deux ans à Ursula von der Leyen, est l’absence d’un marché européen des capitaux suffisamment fluide. Sur les 1 000 milliards épargnés chaque année, environ 300 milliards finissent dans des bons du Trésor américain, notamment par l’intermédiaire des assurances-vie. Si nous pouvions flécher cette somme vers l’économie réelle européenne et la transition énergétique, l’impact serait considérable.
Le financement participatif ne deviendra toutefois jamais l’outil principal. Un taux de 6 à 9 % est élevé, là où les banques proposent des taux deux à trois fois moins importants. En revanche, c’est un outil majeur pour le préfinancement et les fonds propres. D’ici dix ans, je suis convaincu qu’il aura acquis une influence réelle dans le secteur.
Solaire, éolien, hydroélectricité, stockage, hydrogène… quelles technologies te semblent les plus prometteuses pour les dix prochaines années ?
Le vrai basculement viendra du stockage, associé au photovoltaïque. Je travaille dans les énergies renouvelables depuis 2006 et, depuis 2006, j’entends les mêmes critiques sur leur intermittence : il fait nuit tous les jours, le vent ne souffle pas en permanence et certaines centrales hydroélectriques tournent moins, voire s’arrêtent en été avec le réchauffement climatique.
Le stockage permettra de corriger ces limites. Depuis plusieurs années, nous connaissons par exemple des prix négatifs sur le marché de l’électricité en milieu de journée, surtout l’été, parce que le photovoltaïque produit parfois plus que ce que nous savons consommer. Quelques heures plus tard, quand nous avons besoin de cette électricité, le soleil ne brille plus. Les batteries permettent de réconcilier ces deux moments.
Le photovoltaïque a aussi l’avantage de pouvoir être installé à très petite comme à très grande échelle. Combiné aux batteries, il peut produire une électricité à un tarif très compétitif, environ deux fois moins élevé que celui d’un EPR (réacteur à eau pressurisée).
J’ai récemment lu dans Le Grand Continent l’analyse d’un économiste américain selon lequel le véritable bouleversement des prochaines années ne viendra pas de l’intelligence artificielle, mais de la combinaison entre photovoltaïque, batteries et véhicule électrique. Je suis plutôt d’accord avec lui.
Une anecdote sur Enerfip ?
Nous organisons plusieurs fois par an des afterworks partout en France pour rencontrer nos investisseurs. Il y a quelques mois, nous en avons organisé un à Bordeaux, où nous avons également ouvert des bureaux. Environ 80 à 90 personnes étaient présentes.
À la fin de mon intervention, une femme est venue me dire qu’elle faisait partie de nos toutes premières investisseuses. Elle avait participé à notre première collecte, lancée en septembre 2015. À l’époque, nous cherchions 60 000 € et il nous avait fallu environ deux mois pour les réunir, en harcelant nos familles et nos amis respectifs !
La retrouver toujours présente, toujours active et parlant encore d’Enerfip autour d’elle m’a beaucoup marqué. Cela montre que les gens sont profondément attachés au fait de savoir où va leur argent, à quoi il sert et qui il aide. Il existe une véritable démarche citoyenne derrière l’investissement.
Un principe important chez Enerfip ?
Nous avons neuf leitmotivs pour guider notre fonctionnement interne. Celui que je préfère est : « Être sérieux sans se prendre au sérieux. »
Dans la finance, beaucoup de personnes se prennent excessivement au sérieux alors qu’elles manipulent principalement des chiffres et de l’argent, qui n’est souvent pas le leur. Nous rappelons régulièrement à l’équipe que notre travail, aussi utile soit-il, a moins d’importance pour la société que celui d’une infirmière, par exemple.
Cette humilité est essentielle. Nous essayons de flécher l’argent dans la bonne direction, mais cela ne doit pas nous donner le melon. Prendre de la distance n’empêche pas d’être exigeant et de chercher à faire chaque jour le meilleur travail possible. Nos neuf leitmotivs sont affichés sur deux posters dans notre salle de réunion pour nous le rappeler.
Dernière chose à partager pour conclure ?
Nous allons entrer dans une période préélectorale assez pénible, avec un tunnel d’environ huit mois durant lequel nous entendrons beaucoup de choses et où les débats risquent de se concentrer sur des sujets secondaires.
J’aimerais que nous évitions l’amnésie collective. Gardons à l’esprit les milliers d’hectares de forêt partis en fumée cet été, les 71 jours consécutifs de canicule, une situation qui ne s’était jamais produite, mais aussi la guerre en Iran et ses conséquences économiques.
Le climat, l’écologie et l’énergie vont déterminer notre avenir commun dans les années, voire les mois qui viennent. Si nous les mettons de côté ou faisons trop de concessions au nom de l’économie, nous allons collectivement nous tromper. Nous devons tous nous sensibiliser et accorder à ces questions la place essentielle qu’elles méritent.