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Atom : Le grand retour de Thierry Vignal (ex-CEO de Masteos)

Thierry Vignal, CEO d'Atom (+ offre spĂ©ciale en fin d'interview 🎁)

Thierry VignalAtom
Visuel de l’interview Atom
Thierry Vignal, Atom

Bienvenue dans Super Biens, le seul mĂ©dia 100% PropTech et FinTech en France. Interview d’un.e CEO, 1 mercredi sur 2.


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Hello Thierry, un plaisir de t'accueillir à nouveau pour Super Biens. Il y a eu pas mal de mouvements de ton cÎté depuis notre derniÚre interview de février 2024. Tu as depuis quitté Masteos aprÚs une reprise par Novaxia en mars 2024, et tu as assez vite rebondi en lançant Atom.

Comment as-tu vécu le départ de Masteos ?

Ça a Ă©tĂ© un moment extrĂȘmement difficile, comme tu peux t’en douter. Masteos Ă©tait une belle entreprise, avec 400 salariĂ©s, mais l’aventure s’est achevĂ©e par une cession dans le cadre d’un redressement judiciaire. La reprise par Novaxia a sauvĂ© des emplois, mais sur le plan personnel, cela a Ă©tĂ© Ă©prouvant : financiĂšrement, juridiquement, psychologiquement


La boĂźte valait 155 millions mais je n’ai jamais cash out et je suis reparti Ă  sec. Au moment du redressement, je me suis retrouvĂ© sans filet, avec des frais d’avocats qui s’accumulaient. Sans compter la pression mĂ©diatique, les salariĂ©s inquiets, les clients dont les chantiers Ă©taient en suspens
 des larmes et du sang, beaucoup de tensions. Mais aujourd’hui, j’ai rebondi. Et si mon expĂ©rience peut servir, c’est pour dire ceci : mĂȘme au fond du trou, on peut se relever.


Ton meilleur souvenir ?

C’est un peu clichĂ©, mais chaque instant de cette aventure reste gravĂ©. MĂȘme si cela s’est achevĂ© dans la douleur, chaque Ă©tape a Ă©tĂ© exceptionnelle. C’était ma premiĂšre entreprise et bĂątir quelque chose “from scratch”, passer de zĂ©ro Ă  400 salariĂ©s en deux ans et demi
 c’est d’une intensitĂ© rare dans une vie.


Les plus grandes leçons que tu as apprises de tout cela ?

En une phrase : privilĂ©gier la soliditĂ© Ă  la croissance artificielle. À l’époque, les taux Ă©taient bas, les fonds d’investissement dĂ©bordaient d’argent. J’ai cĂ©dĂ© aux sirĂšnes des levĂ©es de fonds, et c’est devenu un engrenage pervers.

Masteos est l’exemple type de la start-up qui grandit trop vite grĂące Ă  l’argent facile plutĂŽt qu’à l’innovation ou au commerce. Tant que les capitaux affluaient, tout roulait. Mais la structure est devenue trop lourde, et quand les taux ont remontĂ©, l’édifice s’est effondrĂ©.

Avec le recul, lever des sommes astronomiques relevait plus de l’ego que du bon sens. Comme les stĂ©roĂŻdes en musculation : ça fait gonfler vite, mais ça dĂ©truit. Annoncer une grosse levĂ©e sur BFM, c’est gratifiant, mais ça ne garantit pas le succĂšs. La rĂ©alitĂ©, c’est que la plupart des entreprises devraient bien se porter en bootstrapping ou avec un peu de financement bancaire.


Maintenant, parlons d’Atom. Quelle est sa mission ?

Valoriser les 150 000 micro-logements parisiens abandonnés, soit un million de mÚtres carrés inexploités en plein Paris !

Tout est parti de la fin de Masteos : avec la hausse des taux, mes clients cherchaient des investissements accessibles. En creusant le sujet, j’ai dĂ©couvert que 85 % des "chambres de bonne" (je n’aime pas vraiment ce terme mais cela dĂ©signe les moins de 14 mÂČ, souvent issus de l’architecture haussmannienne) Ă©taient Ă  l’abandon. Trois raisons Ă  cela :

  • Ce sont pour la plupart des passoires thermiques.

  • Ce sont des petites surfaces soumises Ă  un plafond de loyer qui tue la rentabilitĂ©.

  • Leur amĂ©nagement est un casse-tĂȘte.

J’aurais pu en rester lĂ , mais en pleine crise du logement, je ne pouvais pas laisser ces mĂštres carrĂ©s dormir. J’ai donc rĂ©flĂ©chi au moyen d’exploiter autant de mĂštres carrĂ©s financiĂšrement abordables.


Comment Atom valorise ces biens réputés inexploitables ?

En combinant trois expertises :

  • la micro-architecture, une sous-discipline de l'architecture qui se spĂ©cialise dans les espaces les plus compacts. On repense l’espace comme dans les tiny houses, les bateaux ou les jets privĂ©s – ultra-optimisĂ©, mais luxueux. J’ai fait appel Ă  l’architecte Jean-Christophe Orthlieb. Depuis un an, on teste des concepts : on intĂšgre lit, toilettes, cuisine, vaisselle, lave-linge, congĂ©lateur, four, micro-ondes, home cinĂ©ma
 dans 9 mÂČ, voire moins (attention : si c’est moins, on ne le met pas sur le marchĂ©, la limite Ă©tant Ă  9m2).

  • l’expertise en rĂ©novation Ă©nergĂ©tique, puisque ces passoires thermiques demandent des solutions techniques pointues, surtout en copropriĂ©tĂ©.

  • l’expertise juridique, pour s'affranchir de la contrainte du plafonnement de loyer. Pour cela, on utilise des baux hybrides (non soumis Ă  la loi de 1989).


Comment dénichez-vous ces mini espaces ?

Au début, je prospectais comme tout le monde sur SeLoger ou Le Bon Coin. Depuis un an, avec mon équipe, nous avons visité prÚs de 1 000 biens : à force, on développe un vrai réseau off market !

Aujourd’hui, grĂące Ă  notre ultra-spĂ©cialisation, les gens pensent Ă  nous naturellement. Des administrateurs judiciaires, des notaires nous contactent pour des successions, des agents immobiliers prĂ©fĂšrent nous appeler plutĂŽt que de publier une annonce
 MĂȘme des particuliers me sollicitent via LinkedIn en disant : "Ma grand-mĂšre a un petit mĂštre carrĂ© Ă  vendre, vous seriez intĂ©ressĂ© ?"

Et plus on travaille en off-market, plus les prix baissent. Mon prix moyen est descendu à 80 000-90 000 €, contre 120 000-130 000 € il y a un an.


Qui est avec toi sur ce sujet et oĂč en ĂȘtes-vous oĂč aujourd’hui ?

J’ai enchaĂźnĂ© plusieurs associĂ©s avant de trouver les bons. Aujourd’hui, nous sommes quatre founders : Jean-Christophe Orthlieb (l’architecte), Alexandre Kiman (dĂ©veloppement), Adrien Helle et moi-mĂȘme. Ensuite, nous avons trois employĂ©es qui nous aident sur les travaux, le suivi et le sourcing.

Une autre personne importante dans le dĂ©veloppement d’Atom : Alex Toussaint, le fondateur de Baltis, Ă©tait un actionnaire historique de Masteos. D’ailleurs, c’est le seul Ă  avoir rĂ©alisĂ© une grosse plus-value en revendant ses actions au bon moment. Pour me remercier de cette rĂ©ussite, il m’a tendu la main sur le projet Atom.

Le vrai challenge aujourd’hui, c’est de trouver des investisseurs pour acheter ces micro-logements. Moi, je ne peux pas tout financer seul, et le marchĂ© des investisseurs particuliers s’est tari.

Pour pallier cette difficultĂ©, nous avons co-créé “Atom Investissement”, un vĂ©hicule AMF qui collecte des fonds auprĂšs de l’écosystĂšme Baltis, de Magellim et des marchĂ©s financiers via une structure de crowdfunding obligataire. L’objectif est d’évoluer vers une SCPI une fois un certain seuil atteint. On lĂšve des fonds, on gĂ©nĂšre un rendement (environ 7%) et les investisseurs peuvent participer au financement de chaque micro-logement via la plateforme. Par exemple, nous avons levĂ© 200 000 € en une semaine pour un appartement rue Tiquetonne (2Ăšme arrondissement). Le prochain projet sera rue Saint-Claude (voir photos plus bas), avec des tickets d’entrĂ©e Ă  partir de 100 €.


Quels sont les principaux enjeux des petites surfaces ?

C’est un sujet qui vĂ©hicule beaucoup d’idĂ©es reçues. L’image d’Épinal, c’est celle de l’appartement insalubre du 7e Ă©tage sans ascenseur, avec les toilettes sur le palier et des voisins peu recommandables
 On nous assimile aux "marchands de sommeil", alors qu’on recycle des espaces vouĂ©s Ă  l’abandon ! J’invite donc mes dĂ©tracteurs Ă  visiter nos 9 mÂČ â€“ je parie qu’ils y trouveront plus de prestations de luxe que chez eux !

(Photos de 3 appartements de 12, 9 et 4.3 m2 Ă  dĂ©couvrir en fin d’interview)

Si j’ose, je ferais une analogie avec les SDF : si je ne peux leur offrir qu’une entrĂ©e et un plat sans le dessert, c’est mieux que rien, non ? Alors oui, un 9mÂČ n’est pas idĂ©al, mais si on l’optimise au maximum, compte tenu du parc immobilier parisien, on offre Ă  certains une alternative sĂ©rieuse et confortable Ă  l'hĂŽtel. Car il faut prĂ©ciser qu’on ne les pense pas comme des rĂ©sidences permanentes !


Justement, qui sont vos clients ?

Notre public, ce sont les 150 000 professionnels en déplacement : des travailleurs hybrides qui font la navette entre la province et Paris, ou des entreprises qui ont besoin de loger leur personnel. On mise donc sur le flex rental : de la location sur un bail longue durée mais à temps partagé et avec une utilisation qui reste ponctuelle, sur des plages dédiées à différents locataires.

Les choses sont bien faites car si on se souvient de ce que j’ai dit avant : il y a 150 000 micro-logements parisiens abandonnĂ©s et 150 000 parisiens qui n’habitent pas Ă  Paris toute la semaine (qui ont gĂ©nĂ©ralement leur rĂ©sidence principale en province, dans des villes comme Bordeaux, Beaune ou Marseille).

On se positionne donc comme une alternative Ă©conomique mais trĂšs qualitative aux chambres d’hĂŽtel. Alors qu’un hĂŽtel 3-4 Ă©toiles Ă  Paris coĂ»te 200 € la nuit, nous on propose des nuits Ă  30-40 € avec notre partenaire Welcome to the City (interview Super Biens Ă  venir avec Hugo, le fondateur).


Comment fonctionne la collaboration avec Welcome to the City ?

On est tout Ă  fait complĂ©mentaires : Ă  terme, tous les logements disponibles sur la plateforme seront issus d’Atom. Nous fournirons les logements, eux gĂ©reront la mise en location. Ils seront notre distributeur officiel.

Fun fact : on a presque lancĂ© nos boĂźtes en mĂȘme temps ! Leur vision rejoint la nĂŽtre : permettre aux gens de vivre oĂč ils veulent (en province, Ă  la campagne
) tout en gardant un pied-Ă -terre Ă©conomique Ă  Paris, de l’ordre de 30 Ă  40 euros la nuit. Avec le tĂ©lĂ©travail, les gens veulent quitter les grandes villes sans renoncer Ă  leur job. Notre solution leur offre cette libertĂ©, avec quelques compromis (pas d’ascenseur, surface rĂ©duite).


4 chiffres sur Atom ?

  • On achĂšte Ă  8 000 € du mĂštre carrĂ©

  • On rĂ©nove Ă  4 000 € du mĂštre carrĂ©

  • 150 000 micro-logements Ă  Paris, dont la moitiĂ© font moins de 9 m2

  • 1 million de mĂštres carrĂ©s en micro-surface inutilisĂ©s Ă  Paris


Avec Masteos, l’ambition Ă©tait immense et vous avez eu le temps d’aller dĂ©jĂ  assez loin. C’est quoi ton ambition aujourd’hui avec Atom ?

Je ne suis plus aussi focalisĂ© sur la croissance rapide qu’avec Masteos. Ce n’est pas que j’ai perdu mon ambition : je veux qu’Atom devienne le leader mondial du micro-logement et du micro-living. Mais j’ai adoptĂ© une approche plus patiente, plus rĂ©flĂ©chie. Je ne veux pas gonfler artificiellement la croissance en multipliant les levĂ©es de fonds. J’en ai fait une petite, mais c’était surtout pour couvrir les salaires, pas pour accĂ©lĂ©rer Ă  tout prix.


Volonté de sortir du marché parisien ?

Avant de m’étendre Ă  l’international, je veux d’abord solidifier notre position Ă  Paris. Une Ă©tape Ă  la fois. Ensuite, la logique placera Londres et New York naturellement dans le viseur, car ce sont 2 villes avec des besoins et challenges assez similaires Ă  Paris.


C’est quoi ton mantra et tes valeurs aujourd’hui ?

Disons que je suis assez nietzschéen concernant les valeurs : je vais par-delà le bien et le mal.

Dans mon activitĂ©, il y a du positif et du nĂ©gatif. Le positif, c’est que je rĂ©nove des passoires thermiques. À terme, j’ai l’ambition d’en rĂ©nover des milliers. C’est bon pour la planĂšte, et ça remet du logement sur le marchĂ© – un vrai enjeu en pleine crise. Mais d’un autre cĂŽté  Certains voient ma dĂ©marche comme prĂ©datrice, comme si j’étais un marchand de sommeil. Donc pour faire simple, ma seule valeur professionnelle sera la suivante : respecter mes locataires et faire en sorte que tout le monde y gagne.

Parfois, j’ai cette impression que les gens qui revendiquent le plus de valeurs sont ceux qui en ont le moins.


Avec ce que tu sais aujourd’hui, qu’est-ce qui dĂ©finit un bon CEO selon toi ?

Un bon CEO, c’est celui qui transforme un mĂ©tier en vocation. ConcrĂštement, il fait en sorte que ta vie au bureau ne se rĂ©sume pas Ă  un simple emploi, Ă  un travail bureaucratique qui sert des actionnaires invisibles. Il te fait participer Ă  une aventure que tu t’appropries.

Le vrai talent d’un CEO, c’est de transmettre cette Ă©nergie, cette excitation propre aux fondateurs.


Pourrais-tu nous partager une ou deux autres pistes que tu avais en tĂȘte avant de te lancer dĂ©finitivement sur Atom ?

Si je n’avais pas créé Atom, j’aurais pu me tourner vers un projet comme Wally (interview Super Biens de Maxime, CEO de Wally juste ici), qui dĂ©mocratise l’investissement dans l’hĂŽtellerie et le coliving.

Un autre sujet qui me passionne, et qui est trĂšs mal traitĂ© aujourd’hui, c’est celui des toilettes sanibroyeurs (rires). Blague Ă  part, ce marchĂ© est Ă©norme ! Il n’existe qu’une seule marque sur le marchĂ©, et franchement, leurs produits ne sont pas terribles : bruyants, peu esthĂ©tiques, souvent bouchĂ©s
 Un sanibroyeur performant et design pourrait vraiment rĂ©volutionner l’amĂ©nagement des petits espaces. Rien qu’à Paris, on pourrait vendre 100 000 unitĂ©s, avec un potentiel de 100 millions d’euros.

Autre piste : l’optimisation des matĂ©riaux en rĂ©novation. Quand on lance un chantier, on est noyĂ© sous les choix – 500 types de parquets, 600 peintures
 certains revĂȘtements offrent un rendu haut de gamme pour un coĂ»t bien moindre mais ils sont difficiles Ă  identifier sans expertise. Un ami est justement en train de dĂ©velopper une IA pour aider les architectes et particuliers Ă  faire les meilleurs choix en fonction de leurs contraintes (budget, style, isolation
). C’est une super idĂ©e, tout simplement parce que, comme Atom, comme Wally, elle rĂ©pond simplement Ă  un besoin concret.

La conclusion, c’est qu’on n’a pas besoin d’une idĂ©e rĂ©volutionnaire pour crĂ©er une boĂźte. L’important, c’est d’identifier un problĂšme – mĂȘme petit – et de le rĂ©soudre efficacement.


DerniĂšre chose Ă  partager ?

Le marchĂ© de la Proptech traverse une pĂ©riode terrible. Beaucoup de professionnels ont disparu ou sont en train de sombrer. Dans mon secteur, l’investissement locatif, on a enregistrĂ© seulement 90 000 investissements, contre 350 000 l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Les boĂźtes ferment les unes aprĂšs les autres – mĂȘme si ça ne fait pas la une des mĂ©dias.

Peut-ĂȘtre parce qu’on a trop misĂ© sur la tech, et plus spĂ©cifiquement maintenant l’IA, en oubliant l’essentiel : l’immobilier est d’abord tangible. Je pense que revenir Ă  l’essence de notre secteur, au Prop de Proptech, c’est ce qui permettra de sortir de la crise.


Photos de 3 micro-logements Atom

12m2 rue Saint-Antoine, 4ùme👇


9m2 rue Saint-Claude, 3ùme 👇


4.3m2 Place Saint-Georges, 9Ăšme (pas louĂ©, produit d’expo)👇


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