50 Partners : 50 entrepreneurs (Blablacar, Aircall, Leboncoin...) accompagnent les success stories de demain (hors série #3)
Thomas Perraud, Directeur d'investissement chez 50 Partners

Bienvenue dans Super Biens, le seul média 100% PropTech et FinTech en France. Interview d’un.e CEO, 1 mercredi sur 2.

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Hello Thomas, est-ce que tu peux nous présenter ton parcours ?
Je suis Thomas, j’ai 33 ans et je suis aujourd’hui directeur d’investissement chez 50 Partners. Je pilote l’accélération et l’investissement dans les projets tech, IA et Data. Il y a 8 ans, après une formation en finance à Sciences Po Paris, complétée par une maîtrise en droit des affaires, j’ai commencé à accompagner des entrepreneurs dans la structuration, le financement et le passage à l’échelle de leur startup. Au départ, je m’occupais de jeunes marques émergentes, puis je me suis orienté vers la deep tech, notamment sur des sujets de green tech et health tech. Aujourd’hui, et depuis 3 ans, je travaille chez 50 Partners sur tous les secteurs de la tech, dont la proptech et la fintech.
Quelle est la mission de 50 Partners ?
Depuis 2012, 50 Partners développe un modèle assez unique, qui allie des accélérateurs et des fonds d’investissement ; un modèle pensé pour mettre l’intelligence collective d’entrepreneurs aguerris au service des startups les plus prometteuses. Parmi nos “partners”, on trouve, entre autres, les fondateurs de Blablacar, Dataiku, Talentsoft, Bankin, Bubble, Aircall, Lemonway ou encore Leboncoin. L’objectif est de soutenir des projets d’innovation qui façonneront le monde de demain et de les aider à grandir, de l’amorçage jusqu’à l’exit. Au-delà du financement, c’est un réseau engagé de centaines d’entrepreneurs, experts, et investisseurs qui soutiennent les startups au quotidien dans leurs phases de croissance.
Pourquoi 50 ?
50, c’est le nombre d’entrepreneur(e)s aguerri(e)s qu’il y a au sein de chaque accélérateur. Nos structures d’accélération, au nombre de 5 dans la Tech, sont toutes co-détenues à 100% par ces partners. Le modèle : ils s’associent à un nombre limité et drastiquement sélectionné de startups, une vingtaine tout au plus, pour les accompagner sur le temps long. Car les success stories ne se construisent pas en 3 à 6 mois, mais bien en 3 à 6 ans. Ce modèle permet un réel alignement des intérêts, sur le long terme, entre les partners et les startups accompagnées et financées. Ce nombre de 50 permet de garantir un accompagnement sur l’ensemble des expertises métiers, et sur un spectre large de secteurs, pour répondre à chaque problématique des entrepreneurs, qu’ils soient en pre-seed ou en série C.
D’autres chiffres importants à me partager sur 50 Partners ?
Bien sûr ! 50 Partners c’est :
13 ans d’existence
9 accélérateurs dont 5 dédiés à la tech
3 fonds d’investissement actifs, chacun spécialisé : un dans la tech, un dans la santé et un dans l’impact. Actuellement, nous structurons également un nouveau fonds dédié au web3.
85+ startups tech accompagnées, ce qui correspond à 230 fondateurs environ.
Près de 120 partners impliqués dans nos différents tech
Quels types de boîtes accompagnez-vous ?
Au moment de l’intégration dans l’accélérateur, les startups sont en général en phase de première levée de fonds, avec un début de traction commerciale et une première version de produit ou de solution tech développée. Les équipes se résument parfois aux fondatrices et fondateurs, ou comprennent déjà une dizaine de salariés. Nous n’intervenons pas en phase d’idéation, ni d’incubation, mais bien en phase d’accélération, pour organiser le fameux “passage à l’échelle”. Notre accompagnement s’insérant dans le long terme, nous sommes capables d’adresser un ensemble large de problématiques de développement, que ce soit en amorçage comme en serie C. Nos startups présentent toutes un fort degré de digitalisation ou de technicité. Il y a 10 ans, on s’associait à de nouveaux modèles de plateformes digitales, aujourd’hui on regarde beaucoup les disruptions par la data et l’IA.
Quels sont vos critères pour intégrer une nouvelle boîte dans vos programmes ?
Quand on cherche à intégrer une startup en amorçage, l’incertitude est omniprésente : il n’y a ni historique, ni modèle économique éprouvé sur lequel s’appuyer. C’est pour cela que notre critère numéro 1, c’est la constitution de l’équipe fondatrice : leur parcours, leur complémentarité, leur ambition commune et la vision qu’ils portent.
Nous cherchons à comprendre pourquoi ces entrepreneurs ont choisi de s’associer et comment ils comptent structurer leur projet. S’il leur manque certaines compétences clés, comme le sales ou la tech, ce n’est pas forcément un problème en soi. Ce qui compte, c’est leur capacité à s’entourer des bonnes personnes pour combler ces lacunes.
Ensuite, nous analysons la capacité d’intégrer cette dynamique avec notre modèle 50 Partners, qui repose sur un écosystème collaboratif. Nous valorisons les entrepreneurs qui ont envie de s’ouvrir, de partager leurs expériences et de profiter de l’expertise disponible au sein du réseau.
Ensuite, chaque verticale a ses propres critères de sélection. Si le produit n’est pas disruptif, l’enjeu est de prouver qu’il peut s’imposer dans un marché déjà structuré. À l’inverse, une solution disruptive doit démontrer qu’elle est capable de créer un nouveau marché et d’attirer des clients qui, jusqu’alors, n’avaient pas de réponse à leur besoin. Dans tous les cas, nous challengeons fortement les fondateurs sur leur capacité à générer des revenus et à commercialiser leur solution.
Comment les accompagnez-vous concrètement ? Jusqu’où va l’accompagnement (stratégie, opération, financement…) ?
Notre modèle hybride combine à la fois un accélérateur et un fonds d’investissement, qui travaillent en synergie pour maximiser l’impact de notre accompagnement. Contrairement à d’autres structures qui fonctionnent sur des cycles courts de 6 à 12 mois, nous accompagnons les startups sur une durée bien plus longue : 5, 6, voire 10 ans. Tout simplement parce que nous pensons qu’une success story ne se construit pas en quelques mois, mais sur plusieurs années !
Autre particularité : chaque accélérateur prend en charge une vingtaine de startups uniquement, afin de garantir un suivi de qualité. Dès que cette limite est atteinte, un nouvel accélérateur est créé. On s’assure ainsi que chaque projet bénéficie du temps et de l’attention nécessaires à son développement.
Concrètement, au démarrage, on va aider les entrepreneurs à sécuriser leurs financements, à finaliser une première levée de fonds par exemple. On va aussi les guider dans le déploiement de leurs premières ressources, dans la structuration de leurs recrutements stratégiques, dans l’ajustement de leur stratégie commerciale et la validation de l’adéquation du produit avec le marché.
En phase de croissance, on va les aider à structurer leur middle management et mettre en place une organisation scalable : obtenir un refinancement, parfois recruter des centaines de collaborateurs en un temps record.
Et au-delà du simple conseil stratégique, on essaie d’adopter une posture de coach, tout en restant impliqués de manière opérationnelle auprès des entrepreneurs. L’objectif est de leur permettre d’éviter les erreurs courantes que d’autres ont pu commettre avant eux et de leur donner toutes les clés pour réussir leur passage à l’échelle.
Les KPIs les plus importants à suivre pour toi quand vous accompagnez une boîte ?
Il y a plusieurs éléments clés que je privilégie quand j’accompagne une startup. Le premier est sans aucun doute un aspect souvent négligé dans le calcul des KPIs : le bien-être et la santé mentale des fondateurs. Selon moi, on doit avant tout s’assurer que l’entrepreneur est aligné avec ses valeurs et en bonne forme, tant sur le plan personnel que professionnel. Il n'y a rien de pire qu'un fondateur qui se sent mal, qui est désaligné avec ce qu'il pensait faire au départ. Car même avec une idée brillante, il n’arrivera pas à porter son projet.
Le deuxième point sur lequel je m’attarde beaucoup, c’est la trésorerie. Savoir combien de cash il reste en banque est essentiel, surtout dans un contexte où le financement est devenu beaucoup plus difficile à obtenir. Il y a encore deux, trois ans, l’enjeu principal n’était pas de prouver qu’on pouvait être rentables, mais plutôt qu’on pouvait générer du chiffre d’affaires, peu importe la structure des coûts. Mais on a vu beaucoup de startups finir en liquidation après avoir levé des fonds successivement, avec des montants de plus en plus élevés et des valorisations toujours plus importantes. Ces entreprises n’ont pas su prouver leur rentabilité, et du coup, leur valorisation ne valait plus rien. Donc, aujourd’hui, on examine beaucoup plus attentivement la rentabilité des modèles, non pas dans le but de l’atteindre dès la première année - ce qui serait idéal mais peu réaliste pour une startup, mais plutôt pour s’assurer que le modèle peut tenir à long terme.
Pour finir, on regarde aussi les KPIs classiques, notamment sur la partie vente. On évalue le comportement du pipe commercial, sa dynamique et s’il est bien alimenté, en fonction de l’activité de la startup. Par exemple, on surveille le top closing, c’est-à-dire combien de nouveaux clients sont acquis sur cette base commerciale. Si la startup suit un modèle SaaS, on va aussi regarder le churn, c’est-à-dire combien de clients cessent leur abonnement à la solution au bout d’un certain temps.
Qu’est-ce qui définit un bon CEO selon toi ?
À mes yeux, le meilleur CEO, c’est celui qui est pleinement aligné avec son projet et ses valeurs. Que ce soit à la création ou lors des étapes suivantes (comme une levée de fonds en série B ou C), s’il n’est pas aligné, il risque de perdre de vue l’essentiel.
C’est aussi celui qui a une vision très claire de ce dans quoi il s’engage. Il doit être très conscient des montagnes à gravir, des moments difficiles à traverser, car créer une start-up est l'une des prises de risque les plus importantes, tant sur le plan personnel que financier. Certains CEOs, après avoir travaillé pendant des années dans des secteurs plus sécurisants, découvrent qu’une start-up n’offre pas les mêmes garanties. Ils font face à des sacrifices, doivent réduire leur train de vie... Le CEO qui accepte cette réalité et est prêt à prendre ces risques a un réel facteur de réussite en plus, à mon sens.
Certes, un bon CEO doit être un bon gestionnaire, un leader inspirant et un visionnaire, mais la conscience de l'aventure dans laquelle il se lance est primordiale.
Comment gérez-vous les périodes d'euphorie dans les start-ups ?
En général la problématique n’est pas de gérer les périodes d’euphorie, mais plutôt d’encourager la célébration des victoires. Dans le cas où l’entrepreneur se laisserait vite aller à l’euphorie, notre rôle est bien sûr de ne pas perdre de vue les autres enjeux qui se posent, mais en aucun cas de casser une dynamique positive.
Souvent, certaines start-ups n’arrivent pas à célébrer leurs victoires, et dans ces cas-là, nous les incitons à prendre le temps de le faire. Célébrer les réussites est crucial pour la dynamique de l’équipe. Cela permet de prendre du recul, de reconnaître les accomplissements et de donner de l'énergie pour la suite du parcours.
Les plus gros succès de boîtes accompagnées que vous avez en Proptech / Fintech ?
Dans le domaine de la Fintech, l'une des entreprises qui connaît un grand succès est Evina, spécialisée dans la cybersécurité pour les paiements mobiles, et soutenue depuis plusieurs années par 50 Partners. Une autre pépite est Julaya, basée en Afrique de l’Ouest, qui propose des comptes professionnels et des solutions de mobile monnaie pour les entreprises africaines.
Du côté de la PropTech, Wally (interview Super Biens de Maxime Parpex, le CEO, juste ici), spécialisée dans la digitalisation des investissements immobiliers, affiche des perspectives de croissance très prometteuses.
Si je te demande quelle est l’opportunité la plus sous-exploitée dans le marché Proptech, ainsi que dans le marché Fintech ?
Pour moi, le plus gros potentiel réside dans l'intégration et la spécialisation de l'intelligence artificielle générative (GenAI). Une des entreprises que nous accompagnons utilise l'IA pour digitaliser les segments liés à la construction, encore peu adressés. L’idée est de s’adosser à l’IA pour mieux gérer les retards, les irrégularités ou les défauts de chantier. La solution touche à la fois la partie juridique, à l’assurance et à la finance… Bref, tous les enjeux clés dans la gestion des grands projets d’infrastructure, qui impliquent de nombreuses parties prenantes et des financements importants !
Du côté FinTech, c’est plus compliqué : le marché est très réglementé et déjà bien adressé. Actuellement, certains projets émergent dans le domaine des échanges financiers transfrontaliers. Dans un contexte de densification des échanges internationaux, de mobilité croissante et de mondialisation, ce sont des sujets intéressants, même si la réglementation reste un frein majeur (et souvent à juste titre).
Des valeurs importantes chez 50 Partners ?
L’expertise est au cœur de notre démarche. Nous mettons un point d’honneur à apporter un accompagnement de qualité sur tous les aspects essentiels au développement des startups que nous soutenons. Mais cette expertise ne peut s’exprimer pleinement sans deux autres valeurs constantes et profondément ancrées : l’humilité et la bienveillance. Ce sont les deux piliers qui guident à la fois notre gestion interne, nos relations avec nos partenaires et l’accompagnement des startups.
On a une approche différente de ce qu’on peut voir dans l’écosystème du venture capital et de l’innovation, souvent centré sur les égos, sur des personnalités qui se mettent beaucoup en avant, parfois par nécessité pour gagner en visibilité. On souhaite au contraire partager notre expertise sans nous placer dans une posture de supériorité. On reste ouvert, à l’écoute et conscients que l'innovation est, par essence, un terrain d’incertitude. Ce qui semble aujourd’hui être une révolution peut ne pas être pertinent demain. C’est la raison pour laquelle notre posture d’accompagnement reste fondée sur l’échange et le respect. Ces valeurs n’empêchent pas l’ambition qui nous anime : accompagner les futurs leaders de la tech et contribuer à façonner le monde de demain.
Une dernière chose à partager ?
Pour terminer, je dirais qu’on est bien plus qu’un simple réseau : on est un écosystème dynamique où l’expérience et la nouveauté se rencontrent en permanence. Des entrepreneurs chevronnés, forts de 20 à 30 ans de parcours inspirants, côtoient des néo-entrepreneurs qui se lancent en sortie d’école ou après plusieurs années de carrière. Cette diversité crée un foisonnement d’idées et d’innovation, de nouveaux projets émergent tout le temps, les synergies se multiplient entre partners et startups… C’est un véritable laboratoire d’innovation, un environnement unique, où chacun peut trouver sa place et contribuer à bâtir l’entrepreneuriat de demain !
